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Catégorie : Les autres
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Casseurs ou bâtisseurs ? 

 

   A près le premier rassemblement francophone de foyers mixtes qui eut lieu à

   Versailles en novembre 1995 (compte-rendu dans F.M. n°111 "Ferments d'unité"), le

   deuxième se déroula à Lyon-Francheville les 7 et 8 juin 1997. 

   Nous étions, jeunes et moins jeunes, quelque deux cents dont en particulier une

   vingtaine d'ados. Et nous avions parmi nous du "beau monde": un ancien et l'actuel

   président de la Commission épiscopale française pour l'unité (Mgr A. Le Bourgeois et Mgr

   G. Daucourt), un ancien et l'actuel président de la Fédération protestante de France (les

   pasteurs J. Maury et J. Tartier), mais aussi le pasteur M. Freychet, sœur Danielle prieure de

   la Communauté de Pomeyrol et - pour nous ouvrir à l'extérieur de la Francophonie - M.

   Conway, universitaire anglican de Birmingham ainsi que des amis foyers mixtes

   d'Allemagne et d'Angleterre.

 

Grâce à l'organisation bien huilée de l'équipe de foyers mixtes lyonnais qui avait, un an

   durant, préparé soigneusement ce week-end, les deux journées se déroulèrent dans la paix et

   la joie. 

   Nicola Kontzi, assistante protestante allemande du père Beaupère au Centre

   Saint-Irénée et coordinatrice du rassemblement, introduisit le thème " Casseurs ou bâtisseurs

   ? " par une invitation souriante : " Casseurs ou bâtisseurs : c'est un clin d'œil volontairement

   provocateur. Nous comptons sur vous pour " casser " cette dualité avec subtilité et humour

   ". 

   Ce qu'ont fait - après les brefs exposés d'introduction - les sept carrefours apportant

   chacun une ample moisson de suggestions, de recommandations : s'insérer dans les paroisses

   et y être actifs ; diffuser l'information œcuménique ; se former et s'informer ; provoquer des

   rencontres à caractère œcuménique ; interpeller et poser des signes; faire avancer des

   chantiers: catéchèse commune, confirmation ; obtenir que les avancées œcuméniques se

   traduisent dans des textes institutionnels, etc... 

   Après avoir mené leur propre réflexion les EFM (Enfants de Foyers Mixtes : voir

   F.M. n' 115 p. 28) ont affirmé vivre leur diversité comme un enrichissement et, messagers

   d'espérance, ils ont jugé leurs parents parfois trop pessimistes quant à la situation actuelle. 

 

 

   Un carrefour " créatif " particulièrement original a voulu visualiser en un collage la

   signification de la cassure: n'est-elle pas un élément moteur ? Il y a source de vie à travers la

   fissure. A la vue de deux sables différents contenus dans des récipients posés côte à côte les

   spectateurs ont pu constater que le sable mélangé restait composé de grains de sable clairs et

   de grains foncés. Enfin des créateurs nous ont démontré qu'en " cassant des œufs "

   (préalablement remplis de peinture) on pouvait créer une remarquable fresque. Etonnant, le

   résultat des cassures ! 

   L'eucharistie du dimanche présidée par Mgr Le Bourgeois fut, de ce rassemblement, le

   moment le plus convivial. Dans la plus vaste salle de l'accueillante Maison Saint Joseph de

   Francheville l'autel, sur lequel étaient disposés plats et coupes pour la communion de tous,

   était décoré par les dessins lumineux des enfants, sagement assis quant à eux au pied de la

   longue table, tandis qu'une chorale interconfessionnelle de jeunes venus pour la circonstance

   apportait une note de rythme joyeux. Aucun des participants n'oubliera le grand cercle

   fraternel, serré, tassé, serpentant au long des murs au moment où le Christ, présent sous les

   espèces du pain et du vin, rassemblait visiblement dans l'unité les membres de son Corps

   unique. 

   Invité à prêcher sur Ecclésiaste (3, 1-8), Eph (2, 17-22) et Jean (2, 18-22), le pasteur J.

   Tartier souligna tout naturellement que, s'il y a un temps pour démolir et un autre pour

   construire, il est toujours temps de se laisser guider par l'Esprit (lire sa prédication plus loin). 

   Quelques heures plus tard, invité à clôturer le rassemblement, le père R. Beaupère se

   trouvait sur la même longueur d'onde que le président de la Fédération protestante : il

   montrait qu'un foyer mixte doit toujours être " en balance ", en équilibre entre des attitudes

   complémentaires : 

   - balance entre la communion eucharistique comme signe de l'unité accomplie et comme

   viatique sur la route de l'unité encore incomplète ; 

   - balance entre unité et diversité: par exemple, souhait actuel d'une même date pour la

   célébration de Pâques par tous les chrétiens et pourtant certitude, à la suite de saint Irénée,

   que la différence des coutumes " confirme l'unité de la foi " ; 

   - balance entre le souci de devenir grain de blé qui s'enfouit et germe dans une communauté

   locale et le désir de cingler vers le large de l'Eglise universelle et du monde. 

   La seule façon de s'en tirer, pour R. Beaupère, est de ne pas faire du surplace au

   risque de perdre l'équilibre : les foyers mixtes sont condamnés à être des... chrétiens en

   marche.  

       Prédication du pasteur Jean Tartier 

   Chers amis, 

   C'est vrai que devant Dieu et dans la vie tout court, il y a un temps pour tout, c'est ce

   que dit l'auteur du livre de l'Ecclésiaste un temps pour aimer, un temps pour haïr un temps

   pour acquiescer et se réjouir, un temps pour se révolter ; un temps pour construire et un

   temps pour casser et démolir. 

   Tous nous l'avons mesuré dans notre cheminement personnel, dans notre vie

   conjugale comme dans la vie communautaire au sein de nos Eglises et entre nos Eglises. 

   C'est vrai que cette tension entre le plus et le moins, l'acceptation et le refus ne quittera

   jamais notre horizon personnel et notre itinéraire communautaire. On peut même dire du

   chrétien qu'il ne sera jamais un homme tiède et du juste milieu et qu'aux yeux de Dieu la

   grandeur d'un homme se mesure à sa capacité d'aimer et à sa force de protester, toujours et

   sans cesse les deux à la fois. 

   Remarquez avec moi que le Christ lui-même nous montre l'exemple sur cette voie :

   l'amour et la protestation sont toujours en tension. 

   Si Jésus se coule dans le moule de la religion juive, c'est bien pour être proche de son

   peuple et le rejoindre dans sa quête concrète de l'amour de Dieu. 

   Mais en même temps, il bouscule et déstabilise. 

   Il chasse les vendeurs du Temple, ces auxiliaires indispensables de la religion des

   sacrifices et indique une voie nouvelle par rapport aux tenants de la religion établie. 

   Il y a de sa part tout à la fois proximité et impertinence rituelle, geste fou pour

   déstabiliser l'institution du Temple et proposer à tous un nouveau Temple, celui de sa

   personne comme nouveau lieu de rassemblement. Ce qui est proprement de l'ordre du

   blasphème ! 

   De tous temps nos institutions, religieuses ou pas, se sont comprises comme garantes

   de la continuité, prudentes pour la sauvegarde de la tradition, au nom du droit et de la

   discipline, et c'est vrai qu'il faut des barrières et que dans la vie on ne peu t pas faire

   n'importe quoi. 

   Mais quand tout est codifié, quand la vie se résume à devoir suivre le permis et le

   défendu... alors, il y faut la force de Dieu, la malice de Dieu et l'impertinence de Jésus pour

   restaurer l'élan de la foi. Cela peut aller jusqu'à enfreindre les règles établies, les codes et les

   disciplines parce que tout simplement le Christ entend faire retrouver la voie de Dieu pour

   son peuple, pour un peuple nouveau remis debout contre toutes les scléroses et les

   enfermements toujours possibles. 

   L'apôtre Paul ne dit pas autre chose à ses amis chrétiens d'Ephèse, trente ans après la

   mort de Jésus, la parole du Ressuscité continue de retentir contre toutes les convenances et

   divisions inventées par les hommes. 

   Tous sont également placés sous le même amour de Dieu et bénéficiaires du même

   élan d'amour. Tous sans exception, les bien intégrés de la religion juive, les circoncis comme

   les incirconcis, c'est-à-dire les nouveaux convertis venant du monde grec. En Christ, les

   distances ou divisions sont abolies et l'essentiel est bien de comprendre au temps de Paul

   comme aujourd'hui. 

   Tous également aimés de Dieu par le sang du Christ, par l'effet de sa grâce et de son

   sacrifice et que Lui, pierre d'angle de notre foi, de son Eglise, nous rend tous membres de la

   même famille. 

   Alors nous aujourd'hui foyers mixtes, nous ne pouvons nous complaire à critiquer

   simplement nos institutions... ; il le faut pourtant quand l'Eglise devient par trop suffisante et

   fait écran à la surprise divine..., bonne nouvelle pour tous. Nous ne pouvons pas non plus, à

   côté de ce rôle casseur, nous imaginer comme seuls bâtisseurs, car nous aussi nous avons

   nos propres scléroses, insuffisances et enfermements. 

   Mais avec d'autres, et en conjuguant deux choses, amour et révolte d'une part,

   engagement et critique d'autre part, nous pouvons en toutes circonstances de la vie être

   éveilleurs de la race de Dieu pour tous, témoins des surprises de Dieu dans l'Eglise comme

   dans toute l'humanité. 

   Il ne s'agit ni de casser, ni de construire, mais d'éveiller à la grâce, de promouvoir la

   diversité réconciliée, de se laisser guider par l'Eglise de Dieu et d'accepter d'être édifiés

   ensemble par lui. Ensemble : nous tous, mais aussi toute l'Eglise, toutes les Eglises et toute

   l'humanité devant Dieu. 

 

       Pasteur jean TARTIER 

   Prière d'intercession 

   d'après Mgr R. Etchegaray 

   (cette prière m'a toujours guidé dans mon ministère)

   Envoie-moi, Seigneur, ton Esprit de lumière.

   Apprends-moi

   à marcher sous un morceau de lune

   autant qu'en plein soleil.

   Apprends-moi

   à regarder devant

   et à ne pas confondre

   ce qui était hier avec ce qui sera demain.

   Envoie-moi, Seigneur, ton Esprit de sagesse.

   Apprends-moi

   à créer avec toi chaque jour du neuf et à ne pas cueillir

   des fleurs fanées sur un sentier usé.

   Apprends-moi

   devant une paroi,

   à repérer la petite prise

   qui ouvre le petit passage.

   Envoie-moi, Seigneur, ton Esprit de force.

   Que mes bras, alourdis par l'échec retrouvent l'énergie

   de planter mille arbustes

   pour un monde nouveau.

                                                                 Lyon, 7-8 juin 1997